Lorsque quarante journalistes parlent ensemble de régulation de la profession, le débat part vite à vau-l'eau. « La déontologie est une chose trop importante pour qu’on la confie aux juristes », ironise Jean-Claude Allanic, ancien médiateur de France 2. « Mais il vous faut bien des instances capables de se prononcer sur vos droits et vos devoirs ! » réplique l’avocat Alexis Guedj. « Le droit de la presse ressemble déjà à un mille-feuilles, on ne va pas encore en rajouter une couche», entend-t-on à l’autre bout de la salle. Beaucoup de remarques et bien peu de consensus…


Face aux mains qui se lèvent de toutes parts, le modérateur Yves Agnès peine à distribuer la parole. Chacun y va de son couplet et au fil des prises de parole contradictoires, l’image d’une proposition synthétique et approuvée par tous s'éloigne de plus en plus.

Journalistes professionels et simples citoyens se réunissent l'après-midi au cours d'un débat public
Doit-on donner au projet de « Charte Qualité de l’Information » une valeur constitutionnelle ? Qui serait en mesure de juger objectivement de la qualité d’une information ? Certains journalistes souhaitent continuer à s’appuyer sur le système judiciaire actuel en faisant en sorte qu'il prenne davantage en compte les spécificités de la profession : « Ce n’est pas le rôle d’un juge de s’occuper de déontologie », s’exclame-t-on de tous côtés. D’autres réclament la mise en place de médiateurs  au sein des entreprises de presse : «Un système faux-cul et illusoire», estime Aurélie Kieffer de France-Culture.

Deux systèmes de régulation différents dont aucun ne semble réellement emporter l’adhésion.
Emerge alors une troisième voie: celle d’un Conseil de presse à la française. A mi-chemin entre tribunaux et espace de médiation, une telle structure permettrait à la profession de s’auto-réguler tout en garantissant au public le droit à une information de qualité. D’envergure nationale et disposant d’un pouvoir de sanction morale, le Conseil de presse serait composé à la fois d’éditeurs de presse, de journalistes et de citoyens dont les modalités de sélection sont encore à définir. Selon les orateurs, deux écueils restent cependant à éviter: ne faire de cet organisme qu’un simple Observatoire des médias, ou bien tomber dans l’excès inverse en créant un Conseil de l’Ordre des journalistes trop contraignant.

Ce projet d’un « Conseil de la Presse » devrait en tout cas être présenté ce soir à Emmanuelle Mignon, conseillère à l'Elysée, invitée des Assises 2009, et compléter ainsi le volet très (trop) économique évoqué lors des Etats Généraux de la Presse commencés en octobre dernier.