Frédéric Taddéï : "Les gens de télé n'ont aucun goût"
20 November 2008 à 21h08
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Fatigué, mais heureux. A la sortie de son émission, Frédéric Taddéï se fait démaquiller, tire sur une cigarette et répond à nos questions. Bien conscient d’être un ovni du Paf, il considère comme une récompense le changement d’horaire de son émission, qui passera de 23 h 30 à 23 heures début 2009.

Vous avez lancé « Ce soir ou jamais » à la rentrée 2006, bien avant qu’il y ait cette mode actuelle de la télévision publique au service de la culture. De ce point de vue, vous considérez-vous comme avant-gardiste ?
- Non, pas du tout ! D’abord, c’est la direction actuelle de France Télévisions, Patrick de Carolis et Patrice Duhamel, qui a eu l’idée de faire une quotidienne culturelle ; ils ont surtout eu l’excellente idée de me la confier… [rires] et de ne pas la donner aux gens à qui on attribue d’habitude les émissions culturelles. C’était la première fois qu’on confiait une émission culturelle à quelqu’un qui n’a pas de lunettes, pas de barbe et qui ne fume pas la pipe ! Après, au-delà de la forme, ma différence radicale avec les vieilles émissions culturelles, c’est que j’ai horreur de la promo. Donc je ne parle pas du livre, du film ou du disque de mes invités. Aujourd’hui, la télévision est devenue une gigantesque usine à faire de la promotion culturelle. Les gens n’en peuvent plus. Pareil pour les chroniqueurs : on en voit partout et ça n’apporte rien. Je préfère donner la parole à ceux qui font plutôt qu’à ceux qui commentent.
Vous parlez de culture, mais « Ce soir ou jamais » traite de sujets politiques, économiques, sociaux… Est-ce que votre émission ne se rapproche pas plus de « Mots croisés » que de « Vendredi si ça me dit » [encore à l’antenne au moment de l’interview] ?
- Sûrement, même si je ne regarde ni l’une ni l’autre ! Effectivement, ce n’est pas une émission sur la culture, ça s’est sûr. Maintenant est-ce que c’est une émission culturelle ? Je me souviens d’une anecdote : quand on a demandé à Thierry Ardisson de remplacer les « Enfants du rock », il a dit : « Je ne veux pas faire une émission sur le rock, je veux faire une émission rock, point barre ». Et ça a donné « Lunettes noires pour nuit blanche », qui est à mon avis une grande émission culturelle. Et bien moi je me suis dit la même chose : je ne veux pas faire une émission sur la culture, mais une émission culturelle. Cela dit, c’est vrai qu’elle est à la fois un talk-show, mais aussi une émission de débat, d’interviews et d’analyses foisonnantes… Elle ne se rattache à aucun genre.
Avec la réforme de l’audiovisuel public à venir, comment voyez-vous l’avenir de votre émission ? Est-ce que vous n’avez pas peur d’être noyé dans la multiplication des programmes à vocation culturelle ?
- Franchement je m’en fiche. De toute façon, la multiplication des émissions culturelles a déjà eu lieu à la rentrée. Mais ça ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est multiplier les bonnes émissions. Moi, ce qui me ferait peur – mais en même temps ça me réjouirait – c’est que quelqu’un imagine une bonne émission qui démoderait la mienne. Par exemple, parce qu’elle serait à la fois plus intelligente, avec des invités plus intéressants, avec davantage de public. Là je serais vraiment emmerdé et j’aurais envie d’arrêter. Mais en fait, j’ai plutôt envie d’être imité, car c’est ça le vrai signe du succès professionnel.
Avez-vous des certitudes concernant le maintien de « Ce soir ou jamais » pour les saisons prochaines ?
Non. Je fais ce métier comme si j’avais un CPE, c’est-à-dire que je n'ai de certitudes que jusqu'au mois de juin prochain.
- Je m’en fous de l’audimat ! Mais c’est vrai qu’il y a plein de gens qui me disent constamment : « Chaque fois que je vous regarde, je me couche à une heure du matin, donc j’ai arrêté » Et je comprends. Lorsque l’émission commencera à onze heures, ça va être extraordinaire, je vais pouvoir toucher des tas de gens qui étaient dissuadés de me regarder.
Vous ne vous préoccupez pas de vos audiences ?
- Non, pour une raison simple : si je regardais les audiences, je modifierais mon comportement. C’est comme ça qu’ils marchent les gens de télé ! Souvent, ils n’ont aucun goût. Ce qu’ils pensent être bien, c’est ce qui a marché. Donc ils le savent le lendemain si c’est bien. Moi je le sais sur le moment si l’émission que je suis en train de faire me plaît ou pas. Et puis, si vous modifiez un programme en permanence en fonction de l’audience, vous allez dans le mur. Moi, mon seul but, c’est de faire la meilleure émission du monde. Qu’elle soit regardée par 6% du public ou 14 %, ça ne changera rien à l’idée que je me fais de mon émission.
Mais attirer le maximum de public vers vous, c’est quand même une récompense, non ?
- Oui. Faire 10% de part de marché, quand ça m’arrive, j’en suis ravi. Mais faire 30 % ce n’est pas dans mes plans, parce que si vous êtes trop regardé, c’est à ce moment-là qu’on vient vous emmerder. Vous devenez un enjeu économique et politique. Aujourd’hui je peux inviter Marine Le Pen, Dieudonné ou Guy Millière sans que personne ne me dise rien. Demain, si l’émission fait 30% de part de marché, si ça peut changer un vote, vous croyez qu’on va pas m’emmerder ? Mais bien sûr qu’on va m’emmerder ! [rires]
propos recueillis par Frédéric Says et Lydie Marlin

Vous avez lancé « Ce soir ou jamais » à la rentrée 2006, bien avant qu’il y ait cette mode actuelle de la télévision publique au service de la culture. De ce point de vue, vous considérez-vous comme avant-gardiste ?
- Non, pas du tout ! D’abord, c’est la direction actuelle de France Télévisions, Patrick de Carolis et Patrice Duhamel, qui a eu l’idée de faire une quotidienne culturelle ; ils ont surtout eu l’excellente idée de me la confier… [rires] et de ne pas la donner aux gens à qui on attribue d’habitude les émissions culturelles. C’était la première fois qu’on confiait une émission culturelle à quelqu’un qui n’a pas de lunettes, pas de barbe et qui ne fume pas la pipe ! Après, au-delà de la forme, ma différence radicale avec les vieilles émissions culturelles, c’est que j’ai horreur de la promo. Donc je ne parle pas du livre, du film ou du disque de mes invités. Aujourd’hui, la télévision est devenue une gigantesque usine à faire de la promotion culturelle. Les gens n’en peuvent plus. Pareil pour les chroniqueurs : on en voit partout et ça n’apporte rien. Je préfère donner la parole à ceux qui font plutôt qu’à ceux qui commentent.
Vous parlez de culture, mais « Ce soir ou jamais » traite de sujets politiques, économiques, sociaux… Est-ce que votre émission ne se rapproche pas plus de « Mots croisés » que de « Vendredi si ça me dit » [encore à l’antenne au moment de l’interview] ?
- Sûrement, même si je ne regarde ni l’une ni l’autre ! Effectivement, ce n’est pas une émission sur la culture, ça s’est sûr. Maintenant est-ce que c’est une émission culturelle ? Je me souviens d’une anecdote : quand on a demandé à Thierry Ardisson de remplacer les « Enfants du rock », il a dit : « Je ne veux pas faire une émission sur le rock, je veux faire une émission rock, point barre ». Et ça a donné « Lunettes noires pour nuit blanche », qui est à mon avis une grande émission culturelle. Et bien moi je me suis dit la même chose : je ne veux pas faire une émission sur la culture, mais une émission culturelle. Cela dit, c’est vrai qu’elle est à la fois un talk-show, mais aussi une émission de débat, d’interviews et d’analyses foisonnantes… Elle ne se rattache à aucun genre.
Avec la réforme de l’audiovisuel public à venir, comment voyez-vous l’avenir de votre émission ? Est-ce que vous n’avez pas peur d’être noyé dans la multiplication des programmes à vocation culturelle ?
- Franchement je m’en fiche. De toute façon, la multiplication des émissions culturelles a déjà eu lieu à la rentrée. Mais ça ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est multiplier les bonnes émissions. Moi, ce qui me ferait peur – mais en même temps ça me réjouirait – c’est que quelqu’un imagine une bonne émission qui démoderait la mienne. Par exemple, parce qu’elle serait à la fois plus intelligente, avec des invités plus intéressants, avec davantage de public. Là je serais vraiment emmerdé et j’aurais envie d’arrêter. Mais en fait, j’ai plutôt envie d’être imité, car c’est ça le vrai signe du succès professionnel.
Avez-vous des certitudes concernant le maintien de « Ce soir ou jamais » pour les saisons prochaines ?
Non. Je fais ce métier comme si j’avais un CPE, c’est-à-dire que je n'ai de certitudes que jusqu'au mois de juin prochain.
Citation
"Je me fous de l'audimat !"
A partir du 5 janvier 2009, l’émission commencera une demi-heure plus tôt, dès 23 heures. Vous espérez toucher un audimat plus large ?- Je m’en fous de l’audimat ! Mais c’est vrai qu’il y a plein de gens qui me disent constamment : « Chaque fois que je vous regarde, je me couche à une heure du matin, donc j’ai arrêté » Et je comprends. Lorsque l’émission commencera à onze heures, ça va être extraordinaire, je vais pouvoir toucher des tas de gens qui étaient dissuadés de me regarder.
Vous ne vous préoccupez pas de vos audiences ?
- Non, pour une raison simple : si je regardais les audiences, je modifierais mon comportement. C’est comme ça qu’ils marchent les gens de télé ! Souvent, ils n’ont aucun goût. Ce qu’ils pensent être bien, c’est ce qui a marché. Donc ils le savent le lendemain si c’est bien. Moi je le sais sur le moment si l’émission que je suis en train de faire me plaît ou pas. Et puis, si vous modifiez un programme en permanence en fonction de l’audience, vous allez dans le mur. Moi, mon seul but, c’est de faire la meilleure émission du monde. Qu’elle soit regardée par 6% du public ou 14 %, ça ne changera rien à l’idée que je me fais de mon émission.
Mais attirer le maximum de public vers vous, c’est quand même une récompense, non ?
- Oui. Faire 10% de part de marché, quand ça m’arrive, j’en suis ravi. Mais faire 30 % ce n’est pas dans mes plans, parce que si vous êtes trop regardé, c’est à ce moment-là qu’on vient vous emmerder. Vous devenez un enjeu économique et politique. Aujourd’hui je peux inviter Marine Le Pen, Dieudonné ou Guy Millière sans que personne ne me dise rien. Demain, si l’émission fait 30% de part de marché, si ça peut changer un vote, vous croyez qu’on va pas m’emmerder ? Mais bien sûr qu’on va m’emmerder ! [rires]
propos recueillis par Frédéric Says et Lydie Marlin





