Il persiste et filme : Amos Gitaï, l'engagé
31 March 2008 à 19h09
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Son cinéma est une tribune politique qui dénonce les dérives de l’Etat hébreu et les complexités de la société israélienne. Avec son dernier film, Désengagement, sur le retrait de Gaza, Amos Gitaï s’attire une nouvelle fois l’hostilité du public israélien.
Il a filmé l’injustice faite aux femmes au nom de l’amour de Dieu. Raconté le traumatisme des jeunes soldats transformés en chair à canon. Dénoncé le trafic de prostituées en terre sainte. Désacralisé la guerre d’indépendance. De Kadosh, à Kippour en passant par Terre Promise ou Kedma, Gitaï est un habitué des coups de gueule cinématographiques.
Avec Désengagement, Amos Gitaï s’attaque à un sujet extrêmement sensible en Israël : le retrait de Gaza. Son film n’a pas manqué de créer une vive polémique lors de sa projection au festival international de Haïfa, en octobre dernier. La télévision publique israélienne est allée jusqu’à refuser d’accorder son soutien financier à ce film jugé trop anti-israélien. Coupé de son principal financement, le réalisateur a crié au « maccarthysme » mais c’est un fait : Gitaï agace parce qu’il dresse dans chacun de ses films le portrait intime d’une société qu’il qualifie à la fois de « jeune et positive, mais pleine de paradoxes et d’inégalités ».

« Je ne peux pas résoudre les problèmes politiques. Moi, je suis cinéaste, explique-t-il en agitant les bras. On ne doit pas mettre l’homme politique au chômage. Mais je pense que le cinéma israélien doit continuer à participer à une psychanalyse collective, pour régler les questions qui traumatisent les Israéliens », ajoute-t-il d’une voix plus calme.
Sa première expérience de tournage, Gitaï l’a eue en 1973, lors de la guerre de Kippour, lorsqu’en fait et place d’armes, il tenait une petite caméra 8 mm. Du haut de son hélicoptère, il filmait la débâcle israélienne. Au cinquième jour du conflit, un missile syrien a atteint l’hélico dans lequel il se trouvait. Ses camarades sont morts dans le crash. Le réalisateur avait alors 23 ans. « J’en ai gardé un traumatisme qui me donne encore des cauchemars, la nuit ». C’est de cette expérience qu’il s’est inspiré pour Kippour (2000) et le personnage de Weinraub, vrai nom d’Amos Gitaï.
Sept ans plus tard, après avoir repris les études d’architecture qu’il avait abandonnées pour servir dans l’armée, il décide de tourner son premier documentaire, House, dans lequel il raconte l’histoire d’une maison de Jérusalem-Ouest, abandonnée par son propriétaire palestinien lors de la guerre de 1948 et reprise par des immigrants juifs. Censuré par le ministère israélien de la Défense, ce film donne le ton d’une carrière de plus de quarante longs-métrages.
En 1982, un autre de ses documentaires, Field Diary, est touché par la censure de l’armée. Le réalisateur décide de s’installer en France, son pays d’adoption, et y reste jusqu’en 1993, année où Yitzhak Rabin tend la main aux Palestiniens et lance les accords d’Oslo.
Si tous les films d’Amos Gitaï affichent un engagement politique clair et revendiqué, ils ne versent pas dans la caricature. Même dans ses fictions, le réalisateur de 57 ans étudie la société israélienne avec une méthode de documentariste et une rigueur d’architecte. « Ce qui me rassure quand je joue dans un film d’Amos, c’est le temps de préparation qui précède chaque tournage », raconte Liron Levo, acteur fétiche du réalisateur. Pour Désengagement, troisième volet de la Trilogie des Frontières, où Levo interprète l’un des policiers chargés de mener à bien le retrait de Gaza, il a dû suivre trois mois de formation au sein des forces armées israéliennes et passer plusieurs mois au Royaume-Uni pour améliorer son anglais.
« La chose la plus compliquée dans la mise en scène – et j’ai eu la même difficulté en tournant Kippour- c’est de diriger le chaos, explique Gitaï. Diriger, par définition, c’est ordonner. Mais là, je devais filmer une situation chaotique. Comment filmer le chaos pour donner une impression de réel ? ».
Les films d’Amos Gitaï étonnent, entre autres, parce qu’il prend le temps. Le temps de saisir et de montrer. Le temps de filmer l’homme dans sa première prière du jour (Kadosh) ; d’observer la jeune femme qui pleure dans une voiture (Free Zone) ; de s’attarder sur deux personnes qui font l’amour tandis que, dehors, on sonne la mobilisation (Kippour). Dans Désengagement, Gitaï filme le chant funèbre et montre l’étreinte - pudique - d’une mère et de sa fille. Ce luxe temporel, peu de réalisateurs se l’offrent. Chez Gitaï, on est tenté d’y voir la représentation de la vérité.
Malgré le ton profondément désespéré de ses films, le metteur en scène conserve son optimisme sur une éventuelle paix dans la région. « Je suis sûr qu’une solution politique sera trouvée quand chaque camp cessera de penser qu’il est le seul à avoir raison contre le reste du monde, confie-t il. Quand chaque camp s’affranchira de ses syndromes de persécution et de paranoïa ». Avant d’ajouter : « Inch’Allah ».
Il a filmé l’injustice faite aux femmes au nom de l’amour de Dieu. Raconté le traumatisme des jeunes soldats transformés en chair à canon. Dénoncé le trafic de prostituées en terre sainte. Désacralisé la guerre d’indépendance. De Kadosh, à Kippour en passant par Terre Promise ou Kedma, Gitaï est un habitué des coups de gueule cinématographiques.
Avec Désengagement, Amos Gitaï s’attaque à un sujet extrêmement sensible en Israël : le retrait de Gaza. Son film n’a pas manqué de créer une vive polémique lors de sa projection au festival international de Haïfa, en octobre dernier. La télévision publique israélienne est allée jusqu’à refuser d’accorder son soutien financier à ce film jugé trop anti-israélien. Coupé de son principal financement, le réalisateur a crié au « maccarthysme » mais c’est un fait : Gitaï agace parce qu’il dresse dans chacun de ses films le portrait intime d’une société qu’il qualifie à la fois de « jeune et positive, mais pleine de paradoxes et d’inégalités ».

« Je ne peux pas résoudre les problèmes politiques. Moi, je suis cinéaste, explique-t-il en agitant les bras. On ne doit pas mettre l’homme politique au chômage. Mais je pense que le cinéma israélien doit continuer à participer à une psychanalyse collective, pour régler les questions qui traumatisent les Israéliens », ajoute-t-il d’une voix plus calme.
Sa première expérience de tournage, Gitaï l’a eue en 1973, lors de la guerre de Kippour, lorsqu’en fait et place d’armes, il tenait une petite caméra 8 mm. Du haut de son hélicoptère, il filmait la débâcle israélienne. Au cinquième jour du conflit, un missile syrien a atteint l’hélico dans lequel il se trouvait. Ses camarades sont morts dans le crash. Le réalisateur avait alors 23 ans. « J’en ai gardé un traumatisme qui me donne encore des cauchemars, la nuit ». C’est de cette expérience qu’il s’est inspiré pour Kippour (2000) et le personnage de Weinraub, vrai nom d’Amos Gitaï.
Sept ans plus tard, après avoir repris les études d’architecture qu’il avait abandonnées pour servir dans l’armée, il décide de tourner son premier documentaire, House, dans lequel il raconte l’histoire d’une maison de Jérusalem-Ouest, abandonnée par son propriétaire palestinien lors de la guerre de 1948 et reprise par des immigrants juifs. Censuré par le ministère israélien de la Défense, ce film donne le ton d’une carrière de plus de quarante longs-métrages.
En 1982, un autre de ses documentaires, Field Diary, est touché par la censure de l’armée. Le réalisateur décide de s’installer en France, son pays d’adoption, et y reste jusqu’en 1993, année où Yitzhak Rabin tend la main aux Palestiniens et lance les accords d’Oslo.
Si tous les films d’Amos Gitaï affichent un engagement politique clair et revendiqué, ils ne versent pas dans la caricature. Même dans ses fictions, le réalisateur de 57 ans étudie la société israélienne avec une méthode de documentariste et une rigueur d’architecte. « Ce qui me rassure quand je joue dans un film d’Amos, c’est le temps de préparation qui précède chaque tournage », raconte Liron Levo, acteur fétiche du réalisateur. Pour Désengagement, troisième volet de la Trilogie des Frontières, où Levo interprète l’un des policiers chargés de mener à bien le retrait de Gaza, il a dû suivre trois mois de formation au sein des forces armées israéliennes et passer plusieurs mois au Royaume-Uni pour améliorer son anglais.
« La chose la plus compliquée dans la mise en scène – et j’ai eu la même difficulté en tournant Kippour- c’est de diriger le chaos, explique Gitaï. Diriger, par définition, c’est ordonner. Mais là, je devais filmer une situation chaotique. Comment filmer le chaos pour donner une impression de réel ? ».
Les films d’Amos Gitaï étonnent, entre autres, parce qu’il prend le temps. Le temps de saisir et de montrer. Le temps de filmer l’homme dans sa première prière du jour (Kadosh) ; d’observer la jeune femme qui pleure dans une voiture (Free Zone) ; de s’attarder sur deux personnes qui font l’amour tandis que, dehors, on sonne la mobilisation (Kippour). Dans Désengagement, Gitaï filme le chant funèbre et montre l’étreinte - pudique - d’une mère et de sa fille. Ce luxe temporel, peu de réalisateurs se l’offrent. Chez Gitaï, on est tenté d’y voir la représentation de la vérité.
Malgré le ton profondément désespéré de ses films, le metteur en scène conserve son optimisme sur une éventuelle paix dans la région. « Je suis sûr qu’une solution politique sera trouvée quand chaque camp cessera de penser qu’il est le seul à avoir raison contre le reste du monde, confie-t il. Quand chaque camp s’affranchira de ses syndromes de persécution et de paranoïa ». Avant d’ajouter : « Inch’Allah ».





