La section patrouille de la brigade canine ratisse quotidiennement la capitale pour contrôler les propriétaires de chiens, capturer les canidés errants et épauler certaines interventions policières.


Vodka pousse la grille d’un coup de muselière et s’engouffre dans l’enclos, tandis qu’Evelyne, emmitouflée dans son anorak, résiste à l’autre bout de la laisse. Libérée de ses entraves, la chienne se jette sur le faux agresseur, homme-épouvantail affublé d’un épais costume de protection jaune et rouge. Le berger allemand plante ses crocs dans l’habit, s’agrippe, ne lâche rien. « Vodka, aux pieds ! », tonne la policière de la brigade canine, avant de flatter la chienne obéissante de la main.

Chaque matin, les quarante chiens de la cynophile s’entraînent avec leurs maîtres respectifs, « à ce qui pourrait éventuellement se produire sur la voie publique » explique le capitaine F., la quarantaine, en tirant sur sa pipe. Les policiers de la section de patrouille sillonnent ensuite les routes de la capitale à la recherche de chiens errants, servent de renforts lors d’interventions et, à l’occasion, surveillent le parc des Princes ou la foire du Trône. Toujours avec leurs compagnons à quatre pattes prêts à bondir.

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"Le midi, c’est calme"

Lassos, costume de capture, les deux David, 28 et 32 ans, préparent leur matériel dans leur break au parfum chien mouillé. « C’est bon, gros ? » lance David M., tendance Goliath. Dans le coffre, Aro et Enfer, leurs bergers belges malinois cherchent une position confortable. Le conducteur embraye, direction le 20e arrondissement, en quête de chiens errants. « On travaille surtout sur les arrondissements du nord, les plus criminogènes, et les bois de Vincennes et Boulogne » expliquent les policiers, en fonction depuis deux ans. « Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on ne sait jamais ce qui va se passer dans notre journée. En général, c’est tôt le matin et tard le soir qu’il y a de l’action » débite le grand David, le cheveu ras. Le midi, « c’est calme » reconnaît-il sans cesser de scruter les rues. Le duo s’embarque dans le bois de Vincennes, l’œil aux aguets. « Y’en a du toutou, du dalmatien, du dogue… » lance David P., en empruntant les chemins de traverse. D’un regard, les deux compères identifient les chiens croisés. Tous inoffensifs. « Comme on dit dans notre jargon, on est des chasseurs »  enchaîne le grand David. Mais le gibier manque. La radio crachote ses informations : «  Altercation entre un fleuriste et ses client… Un homme tape sa femme dans un magasin ». Pas besoin de renfort. La cynopatrouille « alpha 1 » rentre bredouille, avec en poche une contravention pour usage de téléphone portable au volant. « Une grande mission de police », rigole David M.

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"On remet la pression sur le phénomène"

L’activité risque cependant de s’intensifier dans les mois à venir. « On s’attend à ce qu’il y ait pas mal d’abandons avec les nouveaux textes de loi » prévoit le policier. Depuis l’an 2000 et l’application de la loi sur les chiens dangereux, le nombre de contrôles et de captures de chiens a fortement diminué (648 chiens capturés en 2000 contre 264 en 2006). « Il y a toujours des chiens de type molossoïde, mais les propriétaires ont en général appliqué la loi » souligne le capitaine F. Avec la médiatisation des incidents impliquant des chiens dangereux et la loi à venir, « on remet la pression sur le phénomène. Mais ça ne se traduit pas par des constatations d’infraction » continue celui qui cultive son faux air de Johnny Halliday, du bouc blond à la ceinture à large boucle métallique. Quant aux incidents impliquant des chiens dangereux, « c’est bien souvent le fait d’une déficience des propriétaires. Beaucoup ne voient pas le chien comme il est : il a des instincts animaux, qu’il faut comprendre un minimum. Sans éducation, il fait ce qu’il veut. Si le chien gueule, c’est un moindre mal. Sinon il mord. Le potentiel agressif peut exploser à tout moment ». Le texte doit être discuté le 7 novembre prochain au Sénat. En attendant, la patrouille de la brigade canine poursuit sa mission, et outre les chiens abandonnés, capture des chats et… des pigeons.