Quand trois salons de coiffure parisiens se lancent dans l’écologie, les bobos accourent et la presse s’emballe. Zoom sur le nouveau-né du « tout-vert ».


En cette semaine du Grenelle de l’environnement, les initiatives « écolo-bio-naturo-durablo » se retrouvent au centre de l’attention. On savait que l’on pouvait s’habiller écolo (la toile de jute est la grande tendance de l’automne 2007), manger écolo (non aux OGM), dormir écolo (la fenêtre ouverte ?), penser écolo (tout un programme), se déplacer écolo (en vélo ou à pied quoi), mais on ne sait pas assez que l’on peut se faire couper les cheveux écolo. À Paris, il n’existe pour l’instant que trois coiffeurs du genre : à République, à la Madeleine, et à Bastille – le triangle des Bermudes de la « coupe durable ».

Les noms évocateurs de  R’ Végétal  et  Coiffure et Nature s’affichent en gros sur les enseignes. Superflu, se dit-on  une fois devant la vitrine : treille de lierre et plantes sauvages dans des pots d’osier ornent le trottoir pour le premier, tandis que le second se dissimule derrière des arbustes.  Le filon « nature » est pressé comme un citron bio. Le troisième salon, Edge, reste plus discret, normal, c’est le plus chic, perpendiculaire à la rue du Faubourg Saint-Honoré. R’Végétal, le plus roots, est à deux pas du canal Saint-Martin tandis que le dernier se niche à une centaine de mètres de l’Opéra Bastille.

Coiffeur bio, ou l’invention du deuxième millénaire


Que peut bien faire un coiffeur durable (-les termes écolo, bio et naturel marchent aussi-)? Martine Bacon (prononcer à la française), patronne de Coiffure et Nature , est une grande femme brune, la mèche impeccable, maquillage léger, le teint frais et bronzé. Elle explique aimablement  « coiffer écolo, c’est refuser d’utiliser des produits chimiques, comme l’ammoniac surtout ou la laque, mais c’est plus que ça ! C’est utiliser des produits na-tu-rels. Naturel ne voulant pas dire bio, attention, il ne faut pas tout confondre. ». C’est entendu.

Chez R’Végétal, la tendance est à la détente. Ce qui compte « c’est que le cheveu se sente à l’aise dans le salon, on le chouchoute » chuchote l’apprenti qui manie la tondeuse d’une main qui pourrait sembler hasardeuse, sous le regard faussement rassuré de sa cliente. La trentaine chic, cette dernière est attachée de presse. « Je suis venue ici car ils comprennent ma chevelure », confie-t-elle, sans quitter le jeune homme du regard, « une fois, je suis même repartie avec les cheveux mouillés, vous vous rendez compte ? Ils ne sont pas comme les autres ». Coiffeur bio, c’est quelque part être un psychologue capillaire.

Le patron de Edge, lui, fomente une révolution. Olivier Limbourg expose son plan d’un air conspirateur « Nous allons mettre au point une charte du « coiffeur vert », ainsi l’estampille garantira au client un certain niveau de service ». Il ajoute avec confiance « pour l’instant on n’est pas beaucoup : il y a un type de province et le patron de R’Végétal. Mais je sens qu’on sera bientôt plus ».

Plus c’est loin, plus c’est écolo


Les dénominateurs communs de ces trois précurseurs sont le prix (60 euros minimum la coupe) et des fameux « produits naturels ». Le bio français ou européen, c’est au mieux kitsch, au pire ringard. Il faut aller chercher les produits à l’autre bout du monde. « Je me fournis exclusivement en produits amazoniens », déclare Alain Teixera, patron de R’Végétal, « il n’y a que ça de vrai, ce sont des puristes ». Quant à Olivier Limbourg, il ne jure que par « les ingrédients indiens ayurvédiques » (issus d’une médecine naturelle d’origine indienne).

La clientèle ne paraît pas déstabilisée par le champ lexical particulier de l’ayurvédique et prend part à la conversation. « Moi ça fait des années que j’attendais l’ouverture d’un coiffeur bio, je suis comblée », assène une jeune quinquagénaire rousse style bobo. « C’est bon de sentir que même en se faisant plaisir on peut faire un geste pour la planète », ajoute sa voisine de fauteuil qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, mais en blonde. « Je viens ici parce que les demoiselles sont charmantes » ajoute un vieux monsieur. Silence et regards réprobateurs : on ne plaisante pas avec l’écologie.

Et si quelqu’un a le malheur d’éternuer dans le salon, la réflexion fuse : « Pourtant on n’utilise pas d’ammoniac ici, je ne comprends pas. Vous devez être enrhumée. »