Un éclectique dans l’institution
07 November 2008 à 20h10
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Depuis plus de 40 ans, le comédien Christian Blanc explore tous les styles et tous les genres, et poursuit son itinéraire original au sein de la Comédie Française, institution où il est entré en 1990.
Avant la rencontre, on imagine un homme froid, austère. Sur le site de la Comédie Française, sous son nom, figure une liste interminable de grands rôles classiques. Une photo en noir et blanc montre un crâne lisse sans sourire et une veste en cuir. Rien qui laisse présager un entretien avec un homme original. Erreur.
Echarpe chatoyante, lunettes à grosses montures et casquette en cuir, Christian Blanc reçoit dans sa loge du Français, étroite mais chaleureuse maison de poupée où il se déplace avec la légèreté d’un ancien danseur et l’élégance d’un jeune premier. Comédien depuis plus de 40 ans, il se raconte lentement d’une voix posée, aux inflexions profondes. Il n'hésite pas à s’interrompre pour se saisir d’anciennes photos, de livres et nous laisser feuilleter ses souvenirs. Des souvenirs, il dit en garder peu. Pourtant, que de chemin parcouru pour arriver jusqu’à la Comédie Française.
« La mode, avant mai 68, c’était de faire du théâtre rebelle, de faire des expériences, se souvient-il. Tout l’inverse de la Comédie Française en somme : un théâtre hors l’institution ». Hors des institutions, le comédien va donc faire ses classes. Théâtre de rue et cabaret, puis en 1977, l’aventure de la « 2CV théâtre » avec Jacques Livchine. Autour de la célèbre voiture, repeinte en marbre pour l’occasion, la troupe du théâtre de l’Unité va parcourir avec succès la France et l’Europe pendant plusieurs années. Une réussite qui, selon son ancien metteur en scène, est en partie due à Blanc. « Christian, qui tenait le rôle du garde républicain, avait insisté pour que les costumes ne soient pas faits de « papier crépon », raconte Livchine, amusé par ces souvenirs. Le casque et l’épée du garde ont alourdi le maigre budget de la troupe, mais qu’importe. « Christian nous a fait comprendre que même les costumes faisaient la différence dans un théâtre de qualité », juge le metteur en scène.
Le perfectionniste Blanc continue son parcours atypique entre expérimentations et scènes plus importantes. En 1989, la Comédie Française l'appelle. Spontanément, il « n’aurait jamais pensé aller travailler ». Passée sa première réaction - « je vais m’enterrer dans un théâtre poussiéreux » -, le comédien se laisse séduire par Antoine Vitez, l’administrateur général. « J’ai aussi beaucoup pensé à mes parents qui auraient été très fiers », se rappelle-t-il, un brin ému, saluant au passage la passion de ses deux parents pour les planches.
Voilà le comédien, passé par la rue, dans la grande maison. L’adaptation au Français n’est pas facile. Blanc sort d’une collaboration de dix ans avec Gildas Bourdet et le théâtre de la Salamandre, scène nationale du Nord, où « chaque pièce était une expérience originale ». « « Attention au travail », par exemple, aura demandé deux ans de répétition », se souvient-il. Les « spectacles à combustion lente », selon les mots de Bourdet, tranchent avec le travail au théâtre de Molière, où le rythme est intense. Plusieurs pièces sont répétées dans la journée, jouées le soir, mais finalement Christian Blanc n’est pas déçu du résultat. « Les spectacles s’enrichissent les uns les autres, aussi parce qu’on travaille avec les meilleurs acteurs et les meilleurs metteurs en scène », explique-t-il.
« Finalement, ce qui me plaît au Français, ce sont tous ces voyages », concède-t-il, l’œil pétillant. D’un geste ample, le comédien se remémore la collaboration avec Bob Wilson, « un travail très immédiat, un imaginaire très fort, comme une peinture qui bouge » ou encore celle avec le metteur en scène colombien Omar Porras qui peuple ses spectacles de masques et des costumes sortis droits d’un imaginaire débordant. Une expérience qu’il a abordée de façon complètement ouverte.
« Christian est quelqu’un qui s’offre au jeu, qui relève les défis, sans peur de s’engager dans des rôles physiques malgré son âge », estime son camarade Shahrokh Moshkin Ghalam. Un dévouement au spectacle que Christian Blanc considère comme indispensable. « C’est le véritable rôle d’acteur, celui qui se joue avec des masques derrière lesquels on peut tout faire. C’est cela qui m’a aussi attiré dans le travail avec les marionnettes imaginé par Emilie Valantin dans la version de « Dom Quichotte » », conclut-il.
Après 40 ans de carrière, il irait bien passer quelques vacances sur la mer Baltique « pour marcher un peu » ou aimerait consacrer un peu plus de temps aux actions de Réseau Education Sans Frontières (RESF) qu’il soutient. Un emploi du temps au Français quelque peu allégé, car il assure ne plus avoir d’attente particulière, comblé par toute « l’inventivité » du théâtre.
Du bout des lèvres, le sociétaire Blanc concède qu’il aurait encore bien joué le rôle de Sganarelle dans « Dom Juan ». Mais, lucide sur le temps qui passe, il tempère : « Ce qui est difficile, c’est qu’on a des rêves, mais qu’on ne peut pas toujours les accorder avec la réalité. Quand j’étais jeune, j’adorais jouer les vieux. Aujourd’hui, je ne peux plus sauter d’un bout à l’autre du décor, je dois jouer des rôles de père, mais à l’intérieur je me sens Sganarelle. » A 63 ans, Christian Blanc reste un jeune homme de théâtre.
Avant la rencontre, on imagine un homme froid, austère. Sur le site de la Comédie Française, sous son nom, figure une liste interminable de grands rôles classiques. Une photo en noir et blanc montre un crâne lisse sans sourire et une veste en cuir. Rien qui laisse présager un entretien avec un homme original. Erreur.
Echarpe chatoyante, lunettes à grosses montures et casquette en cuir, Christian Blanc reçoit dans sa loge du Français, étroite mais chaleureuse maison de poupée où il se déplace avec la légèreté d’un ancien danseur et l’élégance d’un jeune premier. Comédien depuis plus de 40 ans, il se raconte lentement d’une voix posée, aux inflexions profondes. Il n'hésite pas à s’interrompre pour se saisir d’anciennes photos, de livres et nous laisser feuilleter ses souvenirs. Des souvenirs, il dit en garder peu. Pourtant, que de chemin parcouru pour arriver jusqu’à la Comédie Française.
« La mode, avant mai 68, c’était de faire du théâtre rebelle, de faire des expériences, se souvient-il. Tout l’inverse de la Comédie Française en somme : un théâtre hors l’institution ». Hors des institutions, le comédien va donc faire ses classes. Théâtre de rue et cabaret, puis en 1977, l’aventure de la « 2CV théâtre » avec Jacques Livchine. Autour de la célèbre voiture, repeinte en marbre pour l’occasion, la troupe du théâtre de l’Unité va parcourir avec succès la France et l’Europe pendant plusieurs années. Une réussite qui, selon son ancien metteur en scène, est en partie due à Blanc. « Christian, qui tenait le rôle du garde républicain, avait insisté pour que les costumes ne soient pas faits de « papier crépon », raconte Livchine, amusé par ces souvenirs. Le casque et l’épée du garde ont alourdi le maigre budget de la troupe, mais qu’importe. « Christian nous a fait comprendre que même les costumes faisaient la différence dans un théâtre de qualité », juge le metteur en scène.
Le perfectionniste Blanc continue son parcours atypique entre expérimentations et scènes plus importantes. En 1989, la Comédie Française l'appelle. Spontanément, il « n’aurait jamais pensé aller travailler ». Passée sa première réaction - « je vais m’enterrer dans un théâtre poussiéreux » -, le comédien se laisse séduire par Antoine Vitez, l’administrateur général. « J’ai aussi beaucoup pensé à mes parents qui auraient été très fiers », se rappelle-t-il, un brin ému, saluant au passage la passion de ses deux parents pour les planches.
Voilà le comédien, passé par la rue, dans la grande maison. L’adaptation au Français n’est pas facile. Blanc sort d’une collaboration de dix ans avec Gildas Bourdet et le théâtre de la Salamandre, scène nationale du Nord, où « chaque pièce était une expérience originale ». « « Attention au travail », par exemple, aura demandé deux ans de répétition », se souvient-il. Les « spectacles à combustion lente », selon les mots de Bourdet, tranchent avec le travail au théâtre de Molière, où le rythme est intense. Plusieurs pièces sont répétées dans la journée, jouées le soir, mais finalement Christian Blanc n’est pas déçu du résultat. « Les spectacles s’enrichissent les uns les autres, aussi parce qu’on travaille avec les meilleurs acteurs et les meilleurs metteurs en scène », explique-t-il.
« Finalement, ce qui me plaît au Français, ce sont tous ces voyages », concède-t-il, l’œil pétillant. D’un geste ample, le comédien se remémore la collaboration avec Bob Wilson, « un travail très immédiat, un imaginaire très fort, comme une peinture qui bouge » ou encore celle avec le metteur en scène colombien Omar Porras qui peuple ses spectacles de masques et des costumes sortis droits d’un imaginaire débordant. Une expérience qu’il a abordée de façon complètement ouverte.
« Christian est quelqu’un qui s’offre au jeu, qui relève les défis, sans peur de s’engager dans des rôles physiques malgré son âge », estime son camarade Shahrokh Moshkin Ghalam. Un dévouement au spectacle que Christian Blanc considère comme indispensable. « C’est le véritable rôle d’acteur, celui qui se joue avec des masques derrière lesquels on peut tout faire. C’est cela qui m’a aussi attiré dans le travail avec les marionnettes imaginé par Emilie Valantin dans la version de « Dom Quichotte » », conclut-il.
Après 40 ans de carrière, il irait bien passer quelques vacances sur la mer Baltique « pour marcher un peu » ou aimerait consacrer un peu plus de temps aux actions de Réseau Education Sans Frontières (RESF) qu’il soutient. Un emploi du temps au Français quelque peu allégé, car il assure ne plus avoir d’attente particulière, comblé par toute « l’inventivité » du théâtre.
Du bout des lèvres, le sociétaire Blanc concède qu’il aurait encore bien joué le rôle de Sganarelle dans « Dom Juan ». Mais, lucide sur le temps qui passe, il tempère : « Ce qui est difficile, c’est qu’on a des rêves, mais qu’on ne peut pas toujours les accorder avec la réalité. Quand j’étais jeune, j’adorais jouer les vieux. Aujourd’hui, je ne peux plus sauter d’un bout à l’autre du décor, je dois jouer des rôles de père, mais à l’intérieur je me sens Sganarelle. » A 63 ans, Christian Blanc reste un jeune homme de théâtre.





